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Récemment, la chaine de télévision Arte a consacré des émissions à Charlie Chaplin et projeté plusieurs film réalisés par ce génie du cinéma muet né il y a cent-vingt ans.

Il nous a bien fait rire ce Charlot, ce vagabond sentimental et malchanceux dans son costume étriqué et avec sa canne en bambou. Il nous émouvait aussi et nous parlait de l’humanité en quête de bonheur et d’harmonie.

En 1936, Charlie Chaplin réalise un grand film consacré à l’analyse de notre société de consommation, oui déjà ! et aux implacables lois du travail à la chaîne. Son film est intitulé Les Temps modernes.

En 1940, son film Le Dictateur dénonce la montée des fascismes en Europe. Il met en scène sous des pseudonymes Hitler et Mussolini et un petit barbier juif qui ressemble physiquement à Hitler. A la fin du film, celui-ci qui devient Charlie Chaplin lui-même, au lieu de parler à la manière et au nom de Hynkel (Hitler) lors d’un grand meeting à la manière nazie, se lance dans un discours pacifique et humain bien prémonitoire. Chaplin s’y révèle un humaniste extraordinaire, préoccupé de la paix et de la justice sociale, attentif au sort des personnes exploitées. Magnifique discours que nous pouvons relire intégralement. On le croirait écrit aujourd’hui.

Malgré ses frasques sentimentales et ses nombreux mariages, la personne de Charlie Chaplin est très attachante. Il a été banni des Etats-Unis sous prétexte qu’il était communiste. Il n’était pourtant pas affilié à un parti, mais il portait bien la préoccupation des hommes et des femmes exploités et se faisait le porte-parole de leurs cris et de leurs revendications. Savez-vous que Chaplin, répondant au célèbre appel de l’abbé Pierre en 1954 lui a donné 2 millions de francs, soit environ 457 000 euros ? A cette occasion, il a prononcé des paroles qui révèlent son humilité et la conscience qu’il avait d’être un privilégié sorti de la misère noire qu’il avait connue dans son enfance à Londres. Il a dit à l’abbé Pierre : « Je vous devais des millions; je ne les donne pas, je les rends. Ils appartiennent au vagabond que j’ai incarné. Ce n’est que le juste retour des
choses. »

Je vous invite à lire le texte émouvant et rempli d’humanité que prononce le petit barbier juif dans Le Dictateur. C’est un message profond que Charlot nous adresse encore…




Discours final du petit barbier juif dans le film « Le Dictateur »
de Charles Chaplin en 1940

 

Espoir... Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l’avons oublié.


L’envie a empoisonné l’esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent dans l’insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d’intelligence, nous ne ressentons pas assez et nous pensons beaucoup trop. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d’humanité.


Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités humaines, la vie n’est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l’être humain, que dans la fraternité, l’amitié et l’unité de tous les hommes. En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants désespérés, victimes d’un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.

Je dis à tous ceux qui m’entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n’est que le produit éphémère de l’habilité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès qu’accomplit l’Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront et le pouvoir qu’ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que des hommes mourront pour elle, la liberté ne pourra pas périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, à une minorité qui vous méprise et qui fait de vous des esclaves, enrégimente toute votre vie et qui vous dit tout ce qu’il faut faire et ce qu’il faut penser, qui vous dirige, vous manœuvre, se sert de vous comme chair à canons et qui vous traite comme du bétail.
 

Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes machines avec une machine à la place de la tête et une machine dans le cœur.
Vous n’êtes pas des machines.
Vous n’êtes pas des esclaves.
Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur.

Vous n’avez pas de haine, sinon pour ce qui est inhumain, ce qui n’est pas fait d’amour.
Soldats ne vous battez pas pour l’esclavage mais pour la liberté.

Il est écrit dans l’Evangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est dans l’être humain », pas dans un seul humain ni dans un groupe humain, mais dans tous les humains, mais en vous, en vous le peuple qui avez le pouvoir, le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, vous avez le pouvoir, le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure.

Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut tous nous unir, il faut tous nous battre pour un monde nouveau, un monde humain qui donnera à chacun l’occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité.




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