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C’est une vieille histoire qui se passe aux Assises de Paris en 1984. La voici racontée dans le journal Vers l’Avenir du 10 octobre de cette année-là. Cette histoire vraie a bouleversé un public nombreux. Quel impact aurait-elle aujourd’hui ?

Les Jurés de la cour d’Assises de Paris ont condamné, lundi, Frédéric Marrel, 21 ans, à cinq années de réclusion criminelle pour le meurtre de son amie, Chantal, 18 ans. Celle-ci avait été tuée d’une balle dans la nuque, le 9 novembre 1982, sur un banc parisien des Jardins du Trocadéro, où ils avaient leurs habituels rendez-vous.

C’était la troisième audience d’un procès qui aurait pu être banal – un garçon éconduit par son amie tue celle-ci - , mais qui est devenu exceptionnel par la déposition à la barre, vendredi dernier, des parents de la victime. M et Mme Bérard sont, en effet, venus au nom de leur foi chrétienne et sans cacher leur peine, donner un pardon total à l’accusé, « le malheureux Frédéric, celui qui, maintenant, a besoin d’aide alors que Chantal est heureuse dans l’autre monde ».

Dans son réquisitoire, qu’il devait conclure en réclamant une peine d’au moins dix ans de réclusion criminelle, l’avocat général Henri Saludo avait rappelé ces dépositions. « On ne peut que s’incliner devant une telle grandeur d’âme, a-t-il dit. Nous avons entendu leurs paroles et nous en ressentons encore toute l’émotion. Je n’ai pas vu souvent des choses aussi belles dans une enceinte de Justice ».

Mais le magistrat n’a pas oublié qu’il était le représentant de la société. « Sans crier vengeance, la société doit se protéger, dit-il. Frédéric Marrel n’a pas respecté le commandement ‘Tu ne tueras point’. Il était un garçon possessif. Il a commis un acte absurde et irréversible en tuant la jeune fille qu’il aimait pour un mobile dérisoire. Elle voulait mettre fin à leur idylle tout en lui conservant son amitié ».

Au début de cette dernière audience, le président avait lu une lettre de l’accusé lui indiquant qu’après avoir beaucoup réfléchi, il demandait à son avocat de ne pas plaider. « J’ai peur qu’il ne blesse par ses arguments M et Mme Bérard. Cela, je ne l’accepterais pas », a-t-il précisé.

Mais, aux assises, l’assistance d’un avocat est obligatoire. Le défenseur a donc prononcé quelques mots, renonçant cependant à parler du drame : « J’évoquerai, a-t-il dit, la solitude de Frédéric. Enfant du divorce, il n’arrivait pas à dialoguer avec son père ou avec sa mère, et il avait trouvé une amie, une raison d’être et d’exister. Il y avait une communion entre eux. Alors quand elle a voulu réduire cet amour à une simple amitié, il a pensé : ‘si elle doit partir, elle partira avec moi’. Une obsession est entrée dans sa tête, il n’était plus lui-même. Il était un aliéné ».

L’avocat a conclu : « Le garçon qui est là est guéri. Il n’est plus seul. Ils sont tous là autour de lui, prêts à l’aider. Libérez-le. Rendez-le à ses parents, rendez-le aux Bérard ».

A son tour, l’accusé a déclaré : « Je suis conscient que ce que j’ai fait est irréversible. J’en souffre, mais je veux me tourner vers l’avenir. Mon plus grand désir est d’être digne des parents de Chantal qui sont ici. Je pense que je peux reconstruire ma vie. Je veux qu’ils puissent être fiers de moi ».

Frédéric Marrel, détenu depuis le jour du crime, voici presque deux ans, peut espérer être prochainement libéré. Une dernière mesure de grâce pourrait transformer cinq ans de réclusion en cinq ans de prison et alors, dès qu’il aura effectué la moitié de sa peine, il pourra bénéficier d’une libération conditionnelle.