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Aumônier de prison au grand cœur : l’abbé Jean-Marie Wilmotte

Article paru dans Le Soir Magazine, n° 4065, du 22 mai 2010 signé par Emmanuelle Praet


Lors de notre entretien, la semaine dernière, avec Albert Poncelet, acquitté par la cour d’assises alors qu’il avait tué sa femme de 39 coups de couteau, le nom de Jean-Marie Wilmotte, l’aumônier de la prison d’Arlon, avait été prononcé. « Il faut que vous alliez le rencontrer, c’est un homme extraordinaire. Il m’a rendu visite toutes les semaines. C’est devenu un ami. » Nous avons donc suivi ce conseil afin de comprendre le rôle de ces hommes et ces femmes, de différentes religions ou même athées, qui arpentent les couloirs des prisons afin d’apporter du réconfort aux prisonniers.

« Tu me tutoies, s’il te plait »

Dès le premier contact téléphonique avec l’abbé Jean-Marie Wilmotte, on comprend rapidement que cet aumônier n’est pas commun ! Nous décidons donc de le rencontrer. « Venez à Marneffe, ça tombe bien. Il y a justement la rencontre annuelle des aumôniers de prison. » Le rendez-vous est fixé au centre pénitentiaire de Marneffe (non loin de Huy). Jean-Marie Wilmotte a déserté le colloque pour nous accueillir. « Je ne suis pas seul, mon ami et collègue Michel Van Honacker, aumônier à la prison de Jamioulx, est venu avec moi. Il pourra te parler lui aussi de son vécu en prison », explique Jean-Marie. « J’ai l’habitude de tutoyer, j’espère que cela ne te dérange pas ? » A vrai dire, cette entrée en matière ne détonne pas : Jean-Marie ne ressemble pas à un abbé ordinaire. Vêtu d’un costume (et d’aucune croix), il dégage une décontraction qui doit forcément plaire aux détenus. « Il ressemble plus aux personnes à qui il rend visite qu’à un abbé », rétorque sur le ton de la boutade l’aumônier de Jamioulx.

De l’écoute et du réconfort !

Avant tout, quel est votre rôle ?

Notre fonction est définie dans une charte. Mais pour simplifier, je dirais que nous sommes envoyés en mission par notre évêque. Nous avons des droits et des devoirs envers les détenus que nous visitons. Nous ne sommes pas là pour les juger, seulement pour les écouter et leur apporter du réconfort, du respect.

Pourquoi êtes-vous devenu aumônier de prison ?

J’héberge des gens dans le besoin dans mon presbytère, aussi bien des détenus qui n’ont pas d’autre point de chute que des sans-abri ou d’autres dans le besoin. Une dame m’a amené son neveu, il avait eu de gros problèmes avec la justice. Quelques jours plus tard, elle m’a téléphoné pour savoir comment cela se passait. Elle m’a expliqué qu’elle était conseillère laïque à la prison d’Arlon, et m’a dit qu’elle me verrait bien aumônier à la prison. Voilà, c’est donc un libre penseur qui a fait de moi un aumônier de prison ! Et ça fait 5 ans que ça dure !

Les détenus adorent le caramel !

Comment se passent les visites ? Qui prend l’initiative de la rencontre, le détenu ou vous ?

C’est le détenu. Il doit faire la demande écrite auprès du « gardien », de l’agent pénitentiaire je veux dire, je sais qu’ils n’aiment pas quand on dit gardien, ils me rétorquent toujours qu’ils ne sont pas dans un zoo.

Dès l’autorisation accordée, où se déroule la rencontre ?

Dans la cellule, j’y tiens. Certains aumôniers reçoivent dans un local. Personnellement, j’estime que, puisque c’est le détenu qui m’invite, c’est lui qui me reçoit. Et je dois dire que je suis toujours bien accueilli. Ma tasse de café est prête, ma cigarette roulée également. Je sais que les détenus attendent cette rencontre avec impatience. J’ai d’ailleurs toujours quelque chose avec moi aussi. Des caramels, par exemple, ils adorent ça. Ou du savon, ou encore des journaux et des timbres.

A quoi ressemblent vos bureaux ?

C’est un local, pas très grand, que l’on partage avec les différents autres cultes. Les chrétiens – les catholiques, les orthodoxes, les protestants –, les musulmans, les juifs et les laïcs. Nous avons chacun nos jours, chacun des heures d’accès. Moi, par exemple, je vais à la prison tous les mardis. Nous nous entendons très bien ensemble, j’organise d’ailleurs des week-ends à la maison avec mes confrères.

Comment choisir son aumônier ?

Certains détenus peuvent rencontrer différents aumôniers (de différents cultes) au fil de la semaine s’ils le souhaitent. Il arrive que des musulmans viennent à mes messes. Il faut dire qu’aux événements particuliers, Pâques, Noël ou la fin du Ramadan, nous apportons des cadeaux… Ils sont donc parfois opportunistes !

Des calendriers comme cadeaux

Quels genres de cadeaux apportez-vous ?

Des calendriers, par exemple. Je sais qu’ils adorent les calendriers où l’on voit des femmes dénudées, alors, je leur fais plaisir. Mais il n’y a pas que cela. J’ai aussi des calendriers avec des paysages ou des enfants. Je dois d’ailleurs faire attention lors de la distribution… Ne pas donner les visages d’enfants aux pédophiles !

De quoi parlez-vous lors de vos rencontres avec les détenus ?

En réalité, ça n’a rien à voir avec la religion. Je ne prononce quasiment jamais le mot « Dieu ». Je ne les rencontre pas dans le but de les convertir.

De quoi parlez-vous alors ?

Je les vois afin de leur redonner de la dignité. De la grandeur. C’est très important en prison, ces hommes ne sont plus rien. Je ne parle pas directement de ce qu’ils ont fait, ce n’est pas l’important. Je commence toujours par leur demander comment ils vont. Rapidement, ils me racontent leur histoire. Je suis toujours étonné de la similitude des récits. Ce sont des « paumés », souvent sans famille, sans amour. Je me dis souvent que j’ai eu de la chance et que, peut-être, si j’avais eu la même vie qu’eux, je serais à leur place, derrière les barreaux.




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