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Au diable le silence de la fierté, je lui dois la vérité.

Un soir, par désespoir, je me suis mis à boire. Le comptoir est vite devenu mon ami. Lui seul me soutenait, m’écoutait, me comprenait. Je l’aimais, j’étais bien près de lui.

Sans m’en rendre compte, je sombrais. Je n’étais pas loin de la noyade quand une main me fut tendue. C’était la main d’une sainte femme. Elle ne me jugea pas, eut la patience d’écouter mon disque rayé et, petit à petit, elle remplaça le comptoir et, petit à petit, je me rendis compte que mon ami le comptoir était le pire de mes ennemis.

Je pense que si je suis toujours en vie c’est grâce à ma veille amie qui a eu énormément de patience vis-à-vis de moi, qui a cherché le pourquoi de tant de haine en moi, qui a essayé de savoir d’où venait le peur de m’attacher à quelqu’un…

Je n’ai pas toujours été gentil avec elle, je voulais qu’elle s’éloigne, ce qu’elle n’a jamais fait !

Entre elle et moi, il n’y a rien et pourtant cela fait plus de vingt ans qu’elle m’est fidèle !

Cela n’arrivera jamais, mais c’est la seule personne devant qui je baisserais les yeux et pleurerais si elle venait à me gifler.

Ne refuse jamais la main que l’on te tend.

Maintenant, après plus de vingt ans de patience d’un côté et plus de vingt ans de résistance de l’autre côté, nous nous sommes apprivoisés, nous formons un vieux couple. Il m’arrive encore souvent de lui dire « Tu m’emmerdes ! », mais je sais qu’au fond d’elle-même elle a compris que le mot « tu m’emmerdes » venant de moi est un mot de tendresse, une protection.

Le jour où elle partira, je serai amputé de mes deux bras. Le respect et l’amour que j’ai pour elle sont comme l’air. J’en ai beaucoup mais on ne le voit pas.

Elle va comprendre que cela est ma façon de lui dire merci.

La publication de cette lettre va me permettre de trier les hommes des enfants. Les hommes seront silencieux tandis que les enfants seront et resteront des gamins.

Roger M. (avril 2011)