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Je m'appelle Bernard. Je suis alcoolique, et surtout : abstinent d'alcool !

Alcoolique, cela signifie que j'ai développé une toxico-dépendance avec l'alcool.
Abstinent d'alcool, cela veut dire que je ne consomme plus d'alcool, sous quelque forme que ce soit.

Cela peut sembler paradoxal : je dis que je suis alcoolique, mais que je ne bois pas d'alcool ! Ceci parce que je crois que cette caractéristique d'être alcoolique est quelque chose qui est intégré en moi, et qui le restera. C'est un peu comme calculer... on apprend, et une fois que l'on sait, on ne l'oublie pas. Il n'est pas possible de « désapprendre» à calculer. C'est intégré.

Je ne suis pas devenu alcoolique parce que « je suis tombé dans la marmite quand j'étais petit ». En (très) résumé, je crois que je suis devenu alcoolique parce que j'étais profondément malheureux, et que j'ai cru trouver une solution dans l'alcool.



A 16 ans, j'ai fait une tentative de suicide. J’avais l’impression de ne pas être tombé sur la bonne planète ! Je ne m'y retrouvais pas avec la vie, ni avec les gens. Très émotif, sensible et timide, j'avais beaucoup de difficultés à communiquer.


Je me sentais souvent incompris et j'avais facilement tendance à me replier sur moi-même, à m'isoler. Ne sachant pas extérioriser mes sentiments et émotions, tout cela me rongeait à l'intérieur, comme un venin qui fait son chemin. J'étais persuadé que cela était ainsi, et que rien ne pourrait changer. Estimant dès lors que cela ne valait pas la peine de vivre, j'étais bien décidé à partir pour de bon.

Malgré ma détermination, j'ai passé quelques jours dans un hôpital mais j'ai tout de même gardé la vie. Peu de temps après, j'ai commencé à boire et à fumer. Ma rencontre avec l'alcool ressemble à un «coup de foudre ». J'étais persuadé d'avoir découvert la solution facile à mes difficultés.

J'avais trouvé la «potion magique» qui allait m'aider. L'alcool m'ouvrait toutes les portes qui m'étaient habituellement fermées. Je pensais donc qu'il me suffirait de m'alcooliser régulièrement pour que tout s'arrange. Sur base de cette idée, je me suis mis à aller à l'école avec une bouteille de whisky dans ma mallette !



Pourtant, je crois que j'avais déjà tout compris très tôt. Suite à ma première cuite, j'avais passé une nuit blanche, me tordant de douleurs à l'estomac. Chaque minute me semblait durer une éternité. Par après, je n'ai pas touché à l'alcool pendant environ un mois. Mais lorsque j'ai repris un verre de ce produit, je me suis dit:
« Bernard, pour oser avaler de ce truc après ce qui s'est passé la dernière fois, il faut vraiment que tu sois malade! » Je n'ai pas «perdu une case » parce que j'ai bu... Non, je crois que j'ai bu parce qu' «il me manquait une case, et pas la plus petite! »

Evidemment, je ne m’attardais pas sur les inconvénients et mésaventures...
Je m'empressais de les oublier et de me concentrer sur les avantages !
Je buvais pour anesthésier les souffrances, pour dissiper la timidité et atteindre facilement un état d'insouciance et d'euphorie.

A l'âge de 18 ans, je choisi alors de quitter l'école et de partir à l'armée. Ma principale motivation est d'éliminer ma sensibilité pour devenir ce que l'on appelle «un dur ». Fini de pleurer pour une petite histoire avec une jeune fille... il est temps de devenir un homme ! En ce sens, je choisis la formation qui me semble la plus appropriée pour obtenir ce résultat : je rejoins le régiment Para-Commando.
Là-bas, l'alcool m'aide encore. Il m'apparaît être le passeport idéal pour pouvoir s'intégrer parmi les anciens.

A l'âge de 21 ans, je me marie avec une jeune fille que je connais et fréquente depuis 5 ans. Je m'imagine naïvement que le fait d'être marié va me rendre plus sérieux, plus responsable. En fait, c'est le contraire qui se passe. Je commence à sortir et à boire de plus belle. J'ai aussi une fâcheuse tendance à confondre bonheur et plaisir. Je poursuis donc la recherche des plaisirs, sans doute toujours pour masquer des souffrances et un profond mal-être persistant.

Je ne buvais pas tous les jours. Je n'en suis jamais arrivé à ce rythme.
Je pouvais «contrôler» et me modérer quelques jours, voir quelques semaines... gagner quelques rounds. Mais le scénario était toujours le même, et la fin cruellement identique: lorsque j'avais épuisé mes forces dans la lutte, j'étais dépassé et me mettais à avaler des quantités infernales d'alcool. Je me retrouvais «au tapis», K.O., meurtri dans tout mon être. Au fil des mois, je me détestais et perdais toute estime de moi-même. J'avais beau regarder dans toutes les directions, j'avais à nouveau le sentiment très pénible que ma vie était vouée à l'échec... juste une affreuse et éternelle impasse.

Cela n'a pas duré longtemps. Je n'ai bu « que » pendant 7 ans. J’ai commencé très vite – très fort… J’ai arrêté de la même façon.

A l'âge de 23 ans, je me suis réveillé de ma dernière cuite derrière les murs d'une prison. Avec un meurtre sur les bras ! A 23 ans, j'étais en pleine «collision frontale» avec la vie. J'avais le sentiment d'être au fond du gouffre et d'avoir fait la pire chose que l'on puisse faire. Lorsque l'on fait du mal, physiquement ou psychologiquement, on peut encore généralement réparer... Une vie ôtée ne revient pas. Et au fond de ce gouffre, je risquais fort d'y rester des années... d'y passer quelques unes des années qui, en d'autres circonstances, pourraient être les plus belles d'une jeunesse et d'une vie.




Pendant des jours, je suis resté couché. Les tripes nouées et la tête saturée de pensées formant un chaos infernal. Je ne sais plus très bien combien de temps je suis resté prostré ainsi, en me demandant ce qui m'arrivait, et surtout comment j'avais pu en arriver là. Je sais que j'ai commencé à émerger un peu après avoir parlé à l'aumônier de la prison qui était venu me voir, à la demande d'un surveillant.



Au bout d'un certain temps de nombreuses réflexions, dialogues et prises de conscience, je me suis dit une chose, qui a été le déclic nécessaire et le début d'une nouvelle vie : « Bernard, tu n'as pas eu des parents parfaits, une éducation parfaite, et tu n'es certes pas dans une société parfaite... mais si tu es là aujourd'hui, c'est quand même surtout toi qui t'y es fourré, dans ce pétrin! »

Jusqu'à ce moment, j'étais généralement bien considéré partout... La tache noire : l'alcool! J'étais donc face à une évidence que j'acceptais enfin de regarder dans toute sa dimension : dorénavant, si je voulais changer le résultat, il me faudrait changer le déroulement, le scénario. Une chose avant tout pour cela : Enlever l'alcool de ma vie!

Peu de temps après cela, comme par hasard, j'ai rencontré une personne qui m'a parlé des Alcooliques Anonymes. Cela m'a vivement interpellé. Avec cette personne, puis bien d'autres membres de cette association, j'ai découvert une expérience riche et efficace... un esprit, un programme et un mode de vie qui me proposent un peu plus que simplement arrêter de boire : devenir, petits pas par petits pas, une personne consciente et responsable.


Cela m'a beaucoup aidé. D'abord à accepter certaines choses importantes que je ne pouvais plus changer. Ensuite, à vivre au mieux, jour après jour, ces années de détentions. A préparer ma sortie, et ma vie future.

J'ai été condamné à 15 années de détention. Aujourd'hui, je suis sorti depuis quelques années, déjà. Je pense pouvoir dire que j'ai rencontré plus de personnes qui ont compris ma démarche et ont cherché à m'aider, que de personnes qui ont cherché à m’ennuyer.

Je travaille actuellement dans un hôpital. A chaque fois que je peux, je vais dans les écoles parler de mon expérience, de mon chemin… C'est un honneur et un cadeau que la vie me fait. Souvent, ces derniers temps, on me fait de jolis compliments sur ma manière d'écrire, de dessiner, de parler et même de danser ! En souriant et en essayant de ne pas trop me prendre au sérieux, je me dis que ce n'est pas trop mal, pour quelqu'un qui a de grandes difficultés de communication !

J'ai souvent dit que ma relation avec l'alcool s'était déroulée comme une sorte de pacte avec le Diable. Aujourd'hui, j'en arrive parfois à me dire que je ne suis peut-être pas un enfant maudit... mais un enfant béni.

Ma vie a été rude, mais je ne pense pas que je la changerais contre une autre.
Mes mots préférés sont BIENVENUE et MERCI.


Bernard D.