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Hôtel de luxe


Nouvelle prison de Loeben (Autriche)


Nouvelle prison de Nancy

Il y a quelques jours, un ami m’adressait par Internet une « pièce jointe » intitulée « Un hôtel de luxe ». Vous l’avez peut-être reçue aussi. Dans ce document, un montage vidéo affirme, photos à l’appui, qu’il s’agit de la nouvelle prison inaugurée à Nancy en juin 2009. Suit alors le déroulement de deux colonnes de textes. La première vante les conditions de vie en prison, l’autre les pénibles conditions d’un travailleur (vous et moi) dans la vie normale.

A certains, ce message peut apparaître drôle. Il en révolte beaucoup, comme mon ami qui crie au scandale. C’est qu’en effet ce message, comme beaucoup d’autres du même genre, contribue à colporter des idées reçues qui reviennent toutes à proclamer : « Les détenus sont beaucoup trop bien en prison. Coqs en pâte, ils ne sont pas réellement punis ! »

Si les affirmations publiées dans le document étaient vraies et fondées, elles pourraient ouvrir un débat. Mais, il ne faut pas être grand spécialiste des prisons pour déceler que tout est faux dans l’évocation des conditions de détention. Nous ne passerons pas en revue ici toutes les allégations péremptoires concernant l’hôtel de luxe qu’est la prison, en tout cas celle de Nancy. Contentons-nous d’évoquer quelques éléments de la description.

En prison, affirme-t-on, « vous passez la majorité de votre temps dans une cellule de 10 X 10 ». Au travail, par contre, « vous passez la majorité de votre temps dans un cubicule de 6 X 6 ». L’espace prétendu d’une cellule est donc de 100 m2. Imaginez : un vaste salon qui déborde probablement le vôtre. Or, une cellule individuelle de la prison de Nancy fait 10, 5 mètres carrés, soit guère plus que 3 m X 3 m, renseignement recueilli au ministère de la justice français. Encore que, l’expérience le montre, souvent dans beaucoup de prisons, l’espace cellulaire est occupé par deux, voire trois détenus. Nous entendons suffisamment parler de la « surpopulation carcérale ». De toute manière, si un travailleur passe 20% de sa semaine au travail, le détenu, lui, passe pratiquement 100% de sa semaine en prison, dans sa cellule, excepté le temps de « préau » (promenade), de visite (temps limité et règlementé) ou au travail en atelier (très rare et réservé à quelques uns).

En prison, affirme-t-on encore, « tout est gratuit » : repas, télévision… Bien sûr, les repas sont assurés comme un « service minimum ». Ils sont souvent complétés par des suppléments « cantinés », c’est-à-dire achetés… si on dispose d’argent pour le faire ! En prison, contrairement à ce que l’on pense souvent, la télévision se paye aussi.

Notre description idyllique de la prison affirme encore que les détenus disposent de leur « propre salle de bain ». En réalité, les détenus sont amenés dans des douches collectives une ou plusieurs fois par semaine.

Que dire des conditions de visites en prison ? des conditions de vie si l’on est malade ? Pourquoi le taux de suicide en prison est–il si élevé ?...

Manifestement, les affirmations sereines du document « Hôtel de luxe » concernant la vie en prison sont fausses ou sans nuances. Mais, elles nous feraient presque rêver de quitter notre travail pour aller vivre quelques jours de vacances en prison, en tout cas dans celle de Nancy. Figurez-vous qu’un document semblable avait circulé en 2008, avec les mêmes photos. Il faisait connaître, disait-on, la prison d’Ostende… Or, il n’existe même pas de prison à Ostende !

Allons plus loin dans notre enquête. Les photos qui illustrent le document sont-elles bien photos de la prison de Nancy ? Recherche faite, nous avons découvert que ces photos ne sont pas celles de la prison de Nancy comme affirmé, mais bien celles d’un centre pénitentiaire récemment inauguré en Autriche. Il s’agit d’un établissement « dernier cri » situé à Leoben. Celui-ci n’est pas destiné à n’importe quel détenu. Les détenus qui l’occupent sont en fin de peine ou condamnés à de courtes peines. Ils y séjournent dans des conditions de réinsertion optimales, après un passage dans une prison « classique ». C’est un peu le « Marneffe » ou le « Saint-Hubert » belges.

Bien sûr et heureusement que les nouvelles prisons que l’on construit en France et en Belgique répondent mieux aux exigences d’une vie respectueuse de la dignité humaine. Quoique l’on puisse discuter de certains aspects peu engageants de ces nouvelles prisons. Mais, le confort minimal ne console jamais de la privation de liberté qui est bien la sanction, la seule sanction prévue par la loi pour les condamnés.

La nouvelle prison de Nancy remplace l’immonde prison Charles III datant de 1857. Celle-ci aménagée dans un ancien couvent hébergeait, dans des conditions d’extrême vétusté, 320 détenus pour 261 places à la fin de son utilisation (juin 2009). En Belgique, la prison de Lantin a remplacé la prison Saint-Léonard de Liège. Celle de Jamioulx remplace la prison située en pleine ville de Charleroi…

« Hôtel de luxe » la prison de Nancy et les autres prisons nouvelles ? Un montage veut le faire croire en utilisant le mensonge ou l’exagération. Est-ce pour amuser le public que de tels documents sont réalisés et diffusés largement par Internet ? On voudrait le croire, mais, ils ne font guère rire. Ils sont plutôt destinés à conforter l’opinion assez généralisée selon laquelle « On est bien en prison. Et, de mieux en mieux… » Or, pense-t-on, la punition légitime des détenus passe par un inconfort minimum. C’est bien fait pour eux s’ils souffrent un peu des conditions de détention. Inutile de construire des prisons plus confortables !

Des hommes et des femmes informés et soucieux du respect de toute personne humaine quelle qu’elle soit se mobilisent de bien des manières pour l’amélioration du sort de leurs frères et sœurs exploités, misérables, affamés… Certaines personnes de bonne volonté se sont mobilisées pour l’amélioration des conditions de vie en prison. Avec raison.

Les chrétiens et particulièrement les aumônier(e)s de prisons sont motivés par leur foi elle-même et leurs perspectives évangéliques pour défendre, partout et toujours, la dignité de la personne humaine quelle qu’elle soit et quel que soit son passé. Les détenus font partie de la même humanité que la nôtre. Le mystère du mal en l’homme, de ses limites et de ses violences ne réside pas seulement au cœur des délinquants. Ce mystère est manifeste en tout homme, en nous-mêmes. Nous le reconnaissons si nous sommes lucides et sincères.

Jésus de Nazareth approchait avec respect des femmes et des hommes scandaleux, marginalisés par leurs contemporains, condamnés à mort même, comme la femme adultère. Il les accueillait et leur ouvrait un chemin d’espérance en les invitant à la conversion, au changement de vie. « Va et désormais, ne pêche plus ! » (Jean 8, 11), dit-il à cette femme adultère condamnée à mort, écrasée devant lui.

Pour Jésus, toute personne humaine est fille et fils de Dieu. Certes, le mal habite tout homme, toute femme aussi ! Et, selon saint Paul, Dieu a identifié Jésus au péché (2ème Corinthiens 5, 21), Jésus se fait rejeté, condamné à la mort entre deux bandits pour proclamer bientôt que l’avenir de tout homme, de toute femme est éclairé à la lumière de Pâques.

Bien sûr, dans les prisons, on approche parfois des êtres abjects. Pour certains, on entrevoit difficilement des perspectives d’avenir positives. Des plans de réinsertion échouent lamentablement. La récidive est relativement fréquente. Et pourtant, les détenus sont tous des êtres humains, des enfants d’un Dieu qui les aime….

René Forthomme, ancien aumônier de prison