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Une nuit tiède et brumeuse tombe sur les barbelés d’argent. Mille moustiques attaquent rageusement les énormes projecteurs oranges à peine allumés. Ils transpercent mes carreaux et inondent ma petite cellule. Ils tiendront compagnie à mon sommeil jusqu’au petit jour.
Comme d’habitude.
Le silence de la soirée est perturbé par les cris gutturaux et les vociférations vulgaires des détenus. Ils dialoguent à leur façon. Ils se parlent sans se voir. Par leurs petites fenêtres. Entre les grilles.
Ils souffrent.
Le son des radios diverses couvrent les paroles échangées entre les étages de la haute tour de béton. Parfois une mélodie anglaise impose un court silence.
Les détenus écoutent. Ils rêvent…
Un arabe profite de l’occasion pour lancer une chanson de son pays. Un de ses compatriotes, puis deux, puis trois… reprennent en chœur.
Ils souffrent aussi.
Cela dérange. Des « Ta gueule, bougnoul ! » leur rappellent qu’ici aussi ils sont de trop.
On entend à nouveau la musique…
Des escadrilles entières de pensées s’envolent lentement au-dessus des murs gris rejoindre des compagnes abandonnées, des enfants en pleurs, des parents inquiets, des amis éplorés…
Cela déchire. Cela fait mal. Comme tous les soirs.
Certains regardent dépités des photos usées de leur famille. D’autres n’en possèdent même plus. Ni les photos. Ni la famille. Ils feuillètent leur solitude. Ou des revues pour messieurs. Ou des bandes dessinées. N’importe quoi. Pourvu qu’on passe le temps.
Le temps.
Qui ne passe pas.
On attend. On meurt un peu.
Comme d’habitude.
Et parfois,… on s’endort. Jusqu’au lendemain.


Lantin, le 14 août 1986
Dominique