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"J'étais en prison et vous m'avez visité.
Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits,
qui sont mes frères,
c'est à moi que vous l'avez fait !"
(in Matthieu 25,34ss)
 
 
 
 
 
Soyez les bienvenus sur ce site de l’aumônerie catholique des prisons francophones de Belgique. Ce site est d’abord un témoignage de ce que vivent les équipes d’aumônerie.

 

La rubrique « Notre charte » reflète l’essentiel de nos convictions à savoir que jamais un acte délictueux ne peut enfermer une personne dans un destin dans lequel la lumière ne se lève plus, dans lequel l’espérance et l’amour seraient inexistants.

 

Cette espérance que nous portons n’oublie pas les victimes d’actes délictueux, quels qu’ils soient.  Le regard porté sur les victimes  doit toujours habiter le cœur de l’aumônier et, - nous l’espérons – celui du détenu. Cette attitude permettra peut-être à la personne détenue de retrouver confiance dans la vie et de croire à la tendresse et au pardon.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 Mission et action des aumôniers de prisons 
 

Pour évoquer le rôle des aumôniers catholiques de prison nous avons eu recours au témoignage de Noël détenu à la prison de Namur. 

 

  

Présence de l’aumônerie catholique

 

Voici quelques années, que je suis détenu à la prison de Namur. De toutes évidences, la vie communautaire   n’est guère aisée.

Les prisons sont pleines certes mais elles ne sont pas pleines que d’ignobles assassins ou d’irréductibles   gangsters déshumanisés. Les prisons sont pleines d’êtres humains dans toutes leurs complexités.

Dans ce milieu de vie carcérale fait de misère affective, de détresse sociale, morale et parfois, de défaillance physique et mentale, l’aumônerie catholique – qu’il me soit   permis de le confesser volontiers – doit parfois se faire violence pour plonger ses mains dans le cambouis et chercher à ramener à la lumière du jour, le joyau de la vie de l’être humain : L’E S P O I R.  Elle redonne la perspective d’une nouvelle espérance possible.

L’équipe de l’aumônerie organise régulièrement des visites dans les cellules.  Elle écoute les uns avec empathie, console et réconforte les autres dans leurs peines. Ceux qui sont dans le dénuement matériel total reçoivent parfois du papier pour écrire, des bics, des crayons et autres…  Toutes ces petites actions quotidiennes nous rendent un peu de notre dignité perdue et font renaître en nous un espoir apaisant d’une suite de vie sociale possible.

On se sent alors moins seuls, moins abandonnés, moins pauvres et moins exclus. L’action sociale et religieuse de l’aumônerie tempère la dureté de nos conditions de vie carcérales et soulagent de nos consciences le poids des fautes et crimes commis, apaisent certaines frustrations et quelques fois nous réconcilie avec nous-mêmes. L’équipe d’aumônerie préserve infiniment le lien social.

Les moments que j’affectionne le plus ce sont les jeudis de culte. Il m’a été fait le privilège d’accompagner   l’aumônière à la guitare lors des cantiques. Elle m’a fait redécouvrir les charmes et subtilités de la chanson   française.

Ces petits moments de bonheurs comblent amplement les carences affectives induites par les longs séjours qui amenuisent nos ressources physiques et mentales.

 

Noël,   août 2013



 
 
 
 
   
Témoignage d'un aumônier
 
« J’ai besoin de me confier »
 
 
            Dans le casier de l’aumônerie de la prison de Namur, un document :
« Pour l'aumônier. Urgent SVP ! Je viens d'arriver. C'est galère, je suis seul, je n’ai pas le moral et j'ai besoin de me confier. »
 
            J'entrouvre la porte de la cellule et demande : « Puis-je entrer ? » Un homme est assis sur le bord de son lit, les jambes croisées, la tête baissée, devant une petite T.V. à l’écran graisseux. Il fume et d'après l'atmosphère épaisse de sa cellule, ce ne doit pas être la première cigarette de la matinée. Nous ne nous connaissons pas. Je sais qu'il s'appelle O....o. Cellule n°.... Un numéro, indissociable du nom, toujours.
 
Je me présente, lui tends la main qu'il serre en me remerciant d'être venu. Dans un premier temps, nous restons debout, face à face, dans ce minuscule espace (approximativement une salle de bain) qu'est une cellule : deux lits superposés, un matelas à terre, une table, deux chaises, un lavabo en fer avec eau froide, un W.C., peu d'intimité, une minuscule étagère et une petite armoire à la porte défoncée, une petite fenêtre barricadée accessible en grimpant sur le 2°lit superposé .Sur le mur qui n’a plus vu de couleur depuis 50 ans : un calendrier, quelques photos de famille et dessins d’enfants des deux autres détenus près de leur oreiller, quelques images pornographiques, des traces de dentifrice ayant servi de colle pour d’autres images arrachées entre-temps. La cellule est prévue pour une personne. Ils sont trois. Heureusement, ils s’entendent bien.
 
Les deux autres co-détenus sont au préau. Lui ne sort plus à cause des conversations du préau (drogue, braquages, recels, règlements de compte, haine). Il a peur. Grand, maigre, il a 46 ans,… tatouages sur les bras, tenue pénitentiaire, tête rasée. Le regard est triste.
«C'est la première fois..., c'est trop dur. Ma famille me manque déjà, ma femme, ma fille. » Le regard se brouille, il avale goulûment la fumée de sa cigarette. « Vous savez c'est un accident, je le jure... Ce n'était pas de ma faute, je ne l'ai pas voulu... »
 
             Ce jour-là je suis resté une heure avec O....o. Son besoin de parler, de dire, de raconter, de pleurer semblait intarissable. «  Monsieur l’aumônier, vous passez quand vous voulez. Pouvez-vous m’apporter une bible ? Je voudrais que vous m’en expliquiez le contenu. J’irai peut-être à la messe mais je n’en ai pas la force pour le moment. »
 
Nous nous sommes revus plusieurs fois. Sa parole peu à peu est remontée plus loin, cherchant dans son histoire les causes lointaines qui ont été le terreau de son geste fatal. « Comment est-ce que j'ai pu faire cela ? Suis-je un monstre ? »
 
O....o a tué. II était ivre. Le mort était son beau-fils. Aujourd'hui le poids de cet acte est terrifiant, insupportable pour lui et pour sa famille. J'écoute le récit du drame, celui de l'enfance déchirée, la violence du père, la souffrance de la mère et puis, aussi, le récit des jours heureux.
 
 « Fernand, je suis pourri. Personne ne peut me pardonner. C'est trop ignoble. Comment d'ailleurs pourrais-je accepter le pardon des autres alors que je ne me pardonne pas à moi-même ? Quand j'arriverai là-haut, je vais avoir un gros paquet de comptes à rendre. C'est normal, il faut que je paie. »
 
J'accueille ce qui est dit, comme c'est dit. Suis-je là pour autre chose ? Je suis conscient qu’une souffrance exprimée est déjà un peu moins lourde à porter. Je suis convaincu que les mots trouvés pour raconter une souffrance ou un acte - si grave soit-il - aident la personne à les intégrer.
 
                                                                      Abbé Fernand Stréber