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AUMÔNERIE

CATHOLIQUE

FRANCOPHONE

DES PRISONS

 

de BELGIQUE



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Didier a reçu le sacrement de confirmation à Lantin (2016), voici la méditation qu'il nous livre à cette occasion :

"Dieu est le Père.

Dieu est pour moi celui qui m'accompagne dans mes décisions. Pas seulement pour moi-même mais pour les autres aussi. Il nous aide dans les décisions que nous devons prendre dans tel ou tel événement qui se pose à nous. Par exemple, si quelqu'un nous frappe ou nous insulte... pour ma part je demande à Dieu de m'aider à prendre la bonne décision, à trouver les mots justes. Et souvent, grâce à cette réflexion que Dieu m'apporte, ça apaise les tensions. 

Quand j'ai du chagrin, il m'aide à le surmonter. Il ne me tape pas sur l'épaule en me disant allez maintenant ça va mieux. Non, il m'aide à aller vers les autres et grâce à cela, mon cœur se remplit de joie et de partage. En allant mieux, Dieu m'aide à aider ceux qui sont peut-être plus malheureux que moi. Souvent Dieu est le meilleur conseil.

Le Père Dieu est aussi le créateur. Celui qui nous a fait, qui a créé toute chose. Celui qui nous rend libre et juste. Dieu est partout même si on ne le ressent pas tout le temps. Quand on regarde bien, quelques fois, on peut voir ce qui est beau et non pas seulement les guerres, la famine,... Dieu ne peut pas tout régler pour nous. Il faisant ainsi, il nous dit à nous d'être un peu plus responsables. Mais j'en suis sûr, il nous aime tous.

L'Esprit-Saint m'accompagne dans toutes mes décisions. Pas seulement pour moi mais pour vous aussi. L'Esprit-Saint vous accompagne partout. Pour ma part quand je sais que quand je dois prendre une décision sur une mauvaise nouvelles, il m'aide à prendre la meilleure pour que ça aille mieux.

Quand c'est une bonne nouvelle, l'Esprit-Saint me remplit de joie et de bonheur. J'en suis enivré. Cette sensation est la meilleure car dans le fond nous en sommes seuls juges.

Mais comme je vous le dit : Pour moi, l'Esprit-Saint qui nous habite m'apprend à pardonner. Car pardonner n'est pas toujours facile. Mais quand on y arrive qu'est-ce qu'on se sent bien !

Partager aussi, non pas comme se partager un butin, mais comme partager un repas, un bon moment. Cela aussi nous fait du bien.

Posez-vous la question : par le baptême, nous avons reçu le Père, Jésus le Fils et l'Esprit-Saint. Nous avons tout cela en nous. laissez-vous guider par ceux-ci et vous verrez le bien que ça fait."

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 Témoignage de Noël, détenu à la prison de Namur. 

 

  

          Voici quelques années que je te suis détenu à la prison de Namur. De toutes ses évidences, la vie communautaire n'est guère aisée.

        Les prisons sont pleines certes MAIS elles ne sont pas pleines que d'ignobles assassins, ni d'irréductibles gangsters déshumanisés. Les prisons sont pleines d'êtres humains dans toutes leurs complexités.

          Dans ce milieu de vie carcérale fait de misère affective, de détresse sociale et morale, et parfois, de défaillance physique et mentale, l'aumônier catholique - Qu'il me Soit permis de le confesser volontiers - doit se faire violence. Parfois ne pas avoir peur de plonger ses mains dans le cambouis et chercher à ramener à la lumière du jour, le joyau de la vie de l'Être humain: L'ESPOIR. Il redonne la perspective d'une nouvelle espérance possible.

           L'équipe de l'aumônerie organise régulièrement des visites dans les cellules. Elle écoute les uns avec empathie, console et réconforte les autres dans leur peine. Ceux qui sont dans le dénuement matériel parfois total, reçoivent du papier pour écrire, des bics, des crayons et autres ...  Toutes ces petites actions quotidiennes nous rendent peu à peu notre Ddgnité perdue et font renaître en nous un espoir apaisant d'une vie sociale possible.

       Alors, on se sent moins seuls, moins abandonnés, moins pauvres et moins exclus. L'action sociale et religieuse de l'aumônerie tempère la dureté de nos conditions de vie carcérales et ouvre nos consciences au poids des fautes et crimes commis, les apaisent et quelques fois, nous réconcilie avec nous-mêmes. L'équipe d'aumônerie préserve le lien infiniment social.

         Les moments que j'affectionne le plus ce sont les jeudis de culte. Moments privilégiés d'être accompagnée par l'aumônière à la guitare lors des cantiques. Elle m'a fait redécouvrir les charmes et subtilités de la chanson française.

        Ces petits moments de bonheurs comblent amplement les carences affectives induites par les longs séjours qui amenuisent nos ressources physiques et mentales.

 

                Noël, 

 



 
 
Témoignage
d'un aumônier
 
           
 
Dans le casier de l'aumônerie de la prison de Namur, un document: «Pour l'aumônier. SVP Urgent  ! Je viens d'arriver là . C'est galère. Je suis seul. Je n'ai pas le moral et j'ai besoin de me confier.»
 
            J'entrouvre la porte de la cellule et demande: «Puis-je entrer? » Un homme est assis sur le bord du lit, les jambes croisées, la tête baissée, devant jsa petite TV à l'écran graisseux. Il fume et d'après l'atmosphère épaisse de sa cellule, ce ne pas doit Êêre la première cigarette de la matinée. Nous ne nous connaissons pas . Je sais qu'il se appelle X.... Cellule n ° .... un numéro, indissociable du nom, habitude de la maison.
 
Je me présente, lui tend la main. il me la serre en me remerciant d'être venu. Dans un temps de premier, nous restons debout. Face à face. Dans cet espace minuscule (approximativement 9m2) qu'est une cellule : Deux lits superposés, un matelas même le sol, une table, deux chaises, un lavabo en fer avec eau froide, un WC, peu d'intimité, une minuscule étagère et une petite armoire à la porte défoncée, une petite fenêtre barricadée accessible en grimpant sur ​​le 2 ° lit superposé. Sur le mur qui n'a plus vu de couleur depuis 50 ans: un calendrier, quelques photos de famille et des dessins d'enfants des deux autres détenus... Des traces de dentifrice ayant servi de colle et de vieilles images arrachées entre-temps. La cellule est prévue pour une personne... ils sont trois. Heureusement, ils s'entendent bien.
 
Les deux autres co-détenus sont au Préau. Lui ne sort pas , à cause des conversations au préau (drogue, braquages, Recels , règlements de compte, haine). Il a peur. Grand maigre, il a 46 ans, ... Tatouages ​​sur les torse, tenue pénitentiaire, tête rasée. Le regard est triste. «C'est la première fois ..., c'est trop dur. Ma famille me manque déjà, ma femme, ma fille.» Le regard se brouille, il avale goulûment la fumée de sa cigarette. «Vous savez c'est un accident non, je le jure ... Ce n'était pas de ma faute, je ne l'ai pas voulu ainsi...»
 
             Ce jour-là je suis resté une heure avec X.... . Son besoin de parler, de dire, de raconter, de pleurer semblait intarissable. «Monsieur l'aumônier, vous passez quand vous voulez.  Pouvez-vous m'apporter une bible? Je voudrais que vous m'en expliquiez le contenu. J'irai peut-être à la messe mais je n'en ai pas la force pour le moment. »
 
Nous nous sommes revus plusieurs fois. Sa libération conditionnelle encore lointaine. Sa réflexion est une lente remontée, cherchant dans son histoire les causes qui furent le terreau du geste fatal. «Comment est-ce que j'ai pu faire ça? Suis-je un monstre? »
 
X tué. II était ivre. Il a tué son beau-fils. Aujourd'hui la mémoire de cet acte terrifiant, est insupportable pour lui et pour sa famille. J'écoute le récit du drame, Celui de son enfance déchirée, de la violence du père, de la souffrance de la mère et puis, aussi, le récit des jours heureux.
 
 «Fernand, je suis pourri. Personne ne peut me pardonner. C'est trop ignoble. Comment d'ailleurs pourrais-je accepter le pardon des autres alors que je ne me pardonne pas à moi-même  ?  Quand j'arriverai là-haut, je vais avoir un gros paquet de comptes à rendre. C'est normal, il faut que je paie. »
 
J'accueille ce qui est dit, comme c'est dit. Suis-je la pour autre chose ?  Je suis conscient qu'une souffrance exprimée est  déjà un peu moins lourde à porter je suis convaincu que les mots trouvés pour raconter une souffrance ou un acte - si grave soit-il - peuvent aider la personne à les intégrer.